Je me suis saoulé ce matin sans avoir bu !

Zémidjan Taxi-moto

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Il  est 06h35, heure à laquelle je quitte habituellement la maison pour me rendre au lieu où je suis employé et exploité. Ah zut ! Que dis-je ? Pour me rendre au boulot. 300 mètres de marche, Oléyia ? (Tu y vas ? appels que lancent les conducteurs de taxis-motos à la recherche de client en langue locale). Une voix m’interpelle. Enfin ! Oui oui mouléyi (j’y vais), ai-je répondu. Il s’arrête et aussitôt les négociations commencent. C’est calé ! D’un signe de la tête, comme ils en ont l’habitude, il acquiesce et me demande de monter. « C’est le trajet que vous faites tous les jours ? » me lance-t-il pour engager une discussion. Deux de mes cinq sens ont reçu le message. Mon odorat et mon ouïe. « Que vous puez l’alcool », j’ai failli lâcher comme réponse avant de me contenir. Perplexe, j’ai dû répondre d’un mauvais ton et en un seul mot « OUI ». Véritable calvaire. Je recevais en plein visage cette odeur insupportable pendant les quinze minutes de trajet.

Dégueulasse ! Mais malheureusement ce n’est pas ma première mésaventure de ce genre. Et comme moi, c’est ce que supportent bon nombre de mes concitoyens qui n’ont pas de moyen de déplacement personnel. Un phénomène qui non seulement en attriste plus d’un, mais suscite aussi beaucoup d’inquiétudes sur la santé et l’avenir de ces jeunes qui embrassent, malgré eux, ce métier pour avoir leur pain quotidien.

En effet, Zémidjan, j’avoue, est un métier très pénible. Il faut supporter la fatigue causée par le trafic et surtout par les secousses régulières, risquées et rudes, dues à l’état dégradé de certaines routes de la capitale. Aussi faut-il subir l’humeur des clients et très souvent des autres usagers de la route. Pour pouvoir donc tenir tout au long de la journée, la majorité des « z-man » fait de l’alcool et des substances dopantes son fidèle compagnon. Sodabi (alcool local), les whiskys en sachets et des analgésiques comme le tramadol et bien d’autres sont des substances qu’ils s’ingurgitent à longueur de journée.

Les zems étant mon quotidien, il arrive des jours où j’engage des discussions pour satisfaire ma curiosité. Pour se dédouaner, beaucoup affirment que cela leur donne l’énergie nécessaire pour affronter la pénibilité de la journée. Convaincant ou suffisant cet argument ? Mais « NON » ! Comment conduire dans un état presque semblable à l’ébriété en soutenant une thèse pareille ?

Ces « vilaines » habitudes ne sont malheureusement pas sans conséquences sur le trafic routier. Le nombre d’accidents sur nos routes est en constante progression chaque année. Le lourd tribu est payé par les conducteurs de taxi-moto et leurs passagers. Le dernier rapport rendu public par le ministère de la Sécurité et de la protection civile sur les accidents de route est très alarmant. Au premier semestre de 2017, le Togo a enregistré 2559 cas d’accidents de route ayant occasionné 5215 blessés et 315 décès soit une moyenne de 57 décès par mois. Les premières personnes mises en cause dans ledit rapport ne sont autres que les zems. Sur un total de 4696 engins impliqués dans les accidents sur la période du 1er janvier au 11 juin 2017, on dénombre 3083 deux roues.

Toutefois, le métier de taxi-moto étant en perpétuelle évolution au Togo dû au fait qu’étant l’un des secteurs absorbant le chômage des jeunes diplômés ou non, des réglementations particulières devront être prises et mises en vigueur pour organiser ce secteur afin d’éviter des désagréments aux passagers et surtout de réduire le nombre d’accidents causés par ce corps de métier.

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3 commentaires sur “Je me suis saoulé ce matin sans avoir bu !

  1. Tout à fait vrai ce fait de société que tu releves. Comment savoir si le zem qu’on veut prendre a bu ou pas?
    Congrats pour ton blog, beau billet.je valide.

  2. T as bien vu Gil ou dès fois ils nous gâte la matinée avec des odeurs corporels pas possible pour quelqu’un qui vient d entamer sa journée.

  3. accrochant, ton texte. c’est fait réel que nous vivons tous les jours, malheureusement, ce n’est une bonne nouvelle à tirer chapeau, au contraire, il faut en parler pour que au moins la conscience revienne sinon les choses à venir ne sont pas bonne à dire surtout avec les cas d’accidents enregistrés.

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